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Mon interprétation des Yama et Niyama

Dans les Yoga Sutras de Patanjali sont exposés les 8 branches du yoga  : Yama, Niyama, Asana, Pranayama, Pratyahara, Dharana, Dhyana, Samadhi. Les deux premiers piliers constituent un ensemble de « règles » à suivre pour vivre dans la philosophie logique.

Les Yama constituent des règles de conduite que l’on se fixe à soi, pour vivre en société. Les Niyama constituent plutôt des pratiques que l’on doit essayer de mettre en place le plus possible dans notre quotidien, et qui maintiennent notre hygiène de vie personnelle. Ensemble, ces pratiques constituent pour moi notre écologie personnelle.


Voici donc mon interprétation à moi de comment toutes ces notions peuvent être incorporées dans le quotidien.


Yama


Commençons donc par les Yama, premier pilier du Yoga selon Patanjali.


Ahimsa, la non-violence


Ce que c’est : Au delà de la non-violence physique (envers les autres, envers les animaux, mais aussi et avant tout envers soi), il s’agit aussi de supprimer la violence de nos pensées et de nos paroles.


Comment je pratique ? Pour moi, cela commence d’abord par la bienveillance envers moi-même : bien que ce soit parfois difficile, je pose mes limites et j’essaie de m’accorder des pauses lorsque j’en ai besoin. Je m’écoute : contrairement à ce que j’ai pu faire avant, pendant longtemps, je ne me force plus à faire des choses qui vont à l’encontre de mes envies, de mes valeurs, pour faire plaisir à quelqu’un d’autre, pour me faire apprécier, pour m’ « intégrer ».


Pour ce qui est de la non-violence envers l’autre, je trouve que le meilleur moyen de mettre cela en oeuvre est de commencer par réduire le jugement. Il est parfois très facile de juger l’autre, d’interpréter et de donner des intentions aux paroles et aux actes des autres sans fondement. Pourtant on ne sait jamais ce qui se passe dans la vie de l’autre, le bagage qu’il ou elle transporte. C’est pourquoi je m’efforce tous les jours de réduire le jugement que je peux porter sur les comportements et les choix des autres.

Enfin, la non-violence s’exprime aussi par les choix de consommation que l’on fait : j’essaie dès que je peux d’éviter les produits dont les fabricants exploitent des personnes, qui sont fabriqués à partir de produits toxiques pour nous ou pour l’environnement, dont les marques promeuvent le racisme ou perpétuent les inégalités dans le monde. Evidemment, je mets également cela en oeuvre à travers mes choix alimentaires : je ne mange plus de produits animaux.


Satya, l’honnêteté


Ce que c’est : c’est bien évidemment dire la vérité, être honnête envers les autres mais aussi et avant tout envers soi-même, dans nos pensées, nos paroles et nos actes..


Comment je pratique ? Pour moi accorder nos pensées, nos paroles et nos actes c’est dire ce que l’on pense, et agir en accord avec ce que l’on dit. C’est facile à dire (à écrire!) mais plus dur à faire.


Je ne veux pas dire qu’il faut tout déblatérer sans filtre, certaines pensées émises « à chaud » sur le coup de la colère, de la fatigue, de la frustration ne correspondent pas à ce que l’on pense au fond et doivent rester au stade de pensées, qui vont et viennent. Mais il y a le reste, les choses que l’on pense au quotidien, qui nous constituent. Nous ne sommes pas que nos pensées, que notre mental, mais il y a une petite vois à l’intérieur de nous qui vaut la peine d’être écoutée. Et parfois, on ne se rend même pas compte qu’on va à l’encontre de nos propres pensées. Je trouve donc que la meilleure façon de rester honnête envers soi-même est de prendre le temps d’écouter notre voix intérieure, notre intuition. Celle qui m’indique ce qui est bon pour moi, celle qui me guide si bien quand je lui laisse l’espace pour s’exprimer. Et pour cela, la méditation m’aide énormément, mais aussi simplement prendre quelques instants le matin, le soir, ou dès que j’en ressens le besoin, pour prendre conscience de l’état dans lequel je me trouve à cet instant. De même lorsque j’ai une décision à prendre ou lorsque je m’engage dans une nouvelle voix, cela m’aide toujours de m’accorder ces moments d’introspection.


J’essaie de me le rappeler tous les jours dans ma pratique. C’est la signification de ce petit geste que je fais à la fin de chaque cours, les mains en Anjali Mudra (les paumes des mains l’une contre l’autre), pouces sur le troisième oeil, puis sur la bouche puis le coeur : « puisse notre pensée être pure, notre parole juste, et notre coeur ouvert ».


Asteya, ne pas voler


Ce que c’est : Asteya, bien sûr c’est ne pas prendre quelque chose qui ne nous appartient pas. Mais au delà des choses, cela concerne aussi le temps, l’énergie, les émotions : ne pas dévaluer le temps des autres, leur voler l’opportunité d’exprimer et de vivre leurs émotions.



Asteya, c’est aussi ne pas convoiter. Mais de nos jours, nous sommes poussés à vouloir toujours tout, toujours plus ! « Je serai heureux quand… », « Tout ira mieux lorsque… »


Comment je pratique ? Pour moi le secret réside dans la gratitude. Prendre le temps chaque jour d’exprimer notre gratitude pour ce que l’on a déjà. Comment ? Chaque soir, trouver au moins 3 choses de la journée qui se termine pour lesquelles on éprouve de la gratitude.J’essaie aussi de faire la différence entre ce dont j’ai envie et besoin qui m’apporte une véritable joie, et le reste, les envies passagères. En faisant ce travail, on se débarrasse des choses superficielles, inutiles, et les autres choses dans notre vie retrouvent leur valeur réelle. Et là, seulement, on peut s’ancrer dans le présent et se débarrasser de la convoitise et de la jalousie.


Bramacharya, la modération



Ce que c’est : Généralement traduite par « chasteté » ou « célibat », cette règle est souvent jugée incompatible avec notre société moderne. En réalité, il s’agit plutôt de modération, car comme il est expliqué dans les Yoga Sutra, « ce sont les excès, les extrêmes qui provoquent le déséquilibre et consomment notre énergie. »


Comment je pratique ? Il s’agit donc pour moi non pas forcément de préserver l’énergie physique à travers l’abstinence mais surtout de me modérer en choisissant les personnes / les activités auxquelles je souhaite donner mon énergie. J’essaie de contrôler mes sens, de ne pas céder tout le temps à mes pulsions (l’appétit, les désirs…) dans l’attente d’uns satisfaction immédiate. Ainsi je préserve mon énergie vitale et je la développe pour l’utiliser à bon escient. Pour moi tout est une question d’équilibre.


Aparigraha, le non-attachement, l’absence d’avidité


Ce que c’est : ce yama est souvent confondu avec ou associé à « asteya », mais il s’agit en réalité plus d’attachement aux choses matérielles. En effet, s’attacher à celles-ci c’est se condamner à une succession de déceptions, surtout dans la société actuelle : le désir passe, la satisfaction reçue par l’objet (sur lequel on projette parfois beaucoup d’attentes) diminue et le désir de plus grand, de plus beau, de plus récent survient, et ainsi de suite.


Se séparer de cette possessivité, de cet attachement, c’est lâcher prise sur ce que l’on attend de l’extérieur pour combler notre vie, et se concentrer sur la façon de se remplir de l’intérieur.


Comment je pratique ? Pour apprendre à me détacher de ces choses, je trouve que ce qui m’a le plus aidé c’est c’est de me tourner vers l’intérieur. Apprendre à se connaître est sans aucun doute la meilleure façon de découvrir ce qui nous définit vraiment. Quand j’ai commencé à pratiquer le yoga, j’ai trouvé une richesse à l’intérieur qui dépasse tout ce que les choses extérieures pourrait  m’apporter.


Au delà des choses matérielles, cela peut aussi s’appliquer à notre pratique : pourquoi ma posture devrait-elle ressembler à celle de unetelle ou untel, ou être la même que cette fois où je l’avais super bien « réussie » ? J’ai décidé il y a bien longtemps, et c’est toujours ce que j’essaie de transmettre à travers mes cours, que je m’attacherais toujours à ce que je ressens dans une posture plutôt qu’à la forme qu’elle prend. Encore un domaine où le regard intérieur nous est un précieux allié. Chaque jour est différent, chaque jour je suis différente, c’est donc tout naturel que ma pratique (sur le tapis et en dehors d’ailleurs) le soit aussi.


Niyama


Après les Yama, le deuxième pilier selon Patanjali ce sont les Niyama, les observances qui nous permettent de maintenir une bonne hygiène de vie.


Saucha : la pureté


Ce que c’est : Pour être pur dans nos pensées, nos paroles et nos actes, il faut commencer par « habiter » dans un corps propre pour pouvoir ensuite réfléchir avec un esprit sain. Ainsi, saucha c’est garder ce qui nous entoure propre : la nature bien sûr, mais aussi nos espaces de vie. C’est rester propre physiquement aussi bien en externe qu’en interne. Il s’agit bien sûr de notre alimentation, car ce dont on nourrit son corps nous constitue, mais aussi de notre hygiène interne.

Dans la pratique du yoga, il y a ce que l’on appelle les shatkarmas, 6 actions de purification yogiques.


Les 6 shatkarmas 1. Neti : nettoyage de la fosse nasale. Jala Neti (nettoyage à l’eau salée) et Sutra Neti (nettoyage avec un fil). Voici une vidéo ici . Ces exercices aident beaucoup la pratique du pranayama (contrôle du souffle). 2. Dhauti : nettoyage du système digestif. Plusieurs pratiques entrent dans cette catégorie. Attention : certaines de ces pratiques sont intenses et délicates. Elles sont donc à apprendre auprès d’un professeur expérimenté avant d’être reproduites seul. – Jhiva dhauti : le nettoyage de la langue avec un gratte langue traditionnel indien – Mukha Dhauti et Agnisara : des exercices de contraction de l’abdomen pour stimuler le feu digestif – Vaman Dhauti : le nettoyage de l’estomac (âme sensible, s’abstenir) – Vastra Dhauti : le nettoyage en avalant un tissu 3. Bhasti : lavement du côlon 4. Tratak : purification du regard par fixation sur une flamme ou un objet de concentration 5. Nauli : massage par rotation et stimulation des muscles abdominaux 6. Kapalabhati : respiration détoxifiante, appelée aussi « crâne qui brille » ou « respiration du feu ». Cette technique yogique est liée au bon fonctionnement du troisième oeil, le chakra de l’intuition. Elle permet d’augmenter notre énergie vitale et de clarifier le mental.

Enfin, saucha, c’est aussi la pureté et la « propreté » de l’esprit.

Pourquoi recherche-t-on cette pureté de l’esprit ? Parce que c’est dans la pureté que l’on trouve la joie, la concentration de l’esprit et la véritable relation avec notre moi profond.


Comment je pratique ? Concernant les shatkarmas, voici ceux que je mets en oeuvre dans ma pratique. Je pratique personnellement le Jala Neti (nettoyage du nez à l’eau salée) ainsi que le Jhiva dhauti (nettoyage de la langue) et le « oil pulling » à l’huile de coco tous les matins. Je ne peux plus me passer de mon lavage de nez matinal tant j’apprécie l’effet de fraîcheur qu’il m’amène ! Et il est presque toujours suivi par une petite session de Kapalabhati. Cela permet en même temps de vider le passage nasal de l’excès d’eau après le lavage de nez et de réveiller le mental, d’oxygéner le cerveau pour une journée consciente et énergique.


En ce qui concerne les autres shatkarmas, je pratique occasionnellement Mukha Dhauti, et cela fait partie des pratique que je voudrais intégrer de manière plus régulière dans ma pratique. Je fais parfois des méditations à la bougie pour pratiquer « tratak ». Cela provoque un effet assez impression de pureté dans les yeux ! La pratique de Nauli est pour moi extrêmement difficile à réaliser, mais je suis convaincue de ses bienfaits. Par la pratique, je m’en rapproche petit à petit.


Bien entendu, la pratique physique du yoga, la méditation, le pranayama m’aident également à cultiver un corps et un esprit sains.


Santocha, le contentement



Ce que c’est : L’état de contentement, c’est apprécier le voyage, pas seulement la destination. Être heureux de ce que l’on a et d’où l’on est.

Cela ne veut pas dire qu’on doit cesser d’avoir envie d’avancer, que l’on doit oublier qu’il y a une destination.

Cela n’empêche pas de travailler pour devenir une meilleure version de soi chaque jour. Le contentement, c’est apprécier chaque moment, accepter que la version de nous-même de cet instant est la meilleure jusqu’ici. C’est l’état d’esprit qui nous permet de vivre au présent dans la paix, ni dans le manque, ni dans l’envie.


Comment je pratique ? Un de mes mantras personnels est basé sur la notion de santocha, et je médite régulièrement sur ce sujet. Pour moi c’est encore une fois la gratitude qui m’aide à maintenir une attitude de contentement.


Tapas, la discipline


Ce que c’est : Littéralement, « tapas » signifie « brûler ». C’est brûler l’énergie qui est en nous en la canalisant dans quelque chose, consumer nos toxines. C’est maintenir une certaine discipline qui nous empêche d’être contrôlé par l’envie de satisfaction immédiate.

Il s’agit ici de discipline dans nos actions et dans nos comportements du quotidien : rester actif, ne pas manger en excès, travailler pour ne pas tomber dans la fainéantise et dans la passivité, continuer à s’améliorer, à travailler sur soi, chaque jour…

Il y a ici l’idée qu’il faut parfois accepter le sacrifice. Sans toutefois tomber dans la frustration, pratiquer tapas c’est reconnaître qu’une vie simple, basée plus sur nos besoins et moins sur nos désirs, nous permet de mieux apprécier le quotidien.


Comment je pratique ? Ici encore, tout est question d’équilibre, le maître mot du yoga ! Je m’exerce donc à me discipliner, à faire toujours au moins une chose, même petite, les jours où je voudrais tout envoyer balader et rester sous la couette ! Cette constance, ce petit minimum que je m’impose, me permet de ne pas tomber dans le cercle vicieux « je ne fais rien donc je ne vaux rien – je ne vaux rien donc je ne fais rien ».


Swadhyaya, l’étude de soi


Ce que c’est : l’étude de soi consiste à s’observer et à mener une auto-réflexion pour apprendre à se connaître soi. Cela peut passer par la méditation, par l’information à l’aide de livres, de documents… mais aussi par l’écoute de ce que l’autre aurait à nous dire sur nous.

Comment je pratique ? Pour moi, le premier outil est la méditation, ces moments que je m’accorde pour écouter ma petite voix intérieure sont précieux pour apprendre à me connaître. Mais ce n’est pas tout : consultation d’un psychologue, séances de kinésiologie, lectures de développement personnel sont autant d’outils que j’utilise aussi pour continuer à me découvrir et à m’écouter.






Ishwara Pranidhana, la dévotion


Ce que c’est : Cela signifie s’en remettre à une réalité qui nous dépasse, à une sphère supérieure. Cela peut s’apparenter à la religion, et pour beaucoup, c’est ce que la religion leur apporte, mais il s’agit avant tout de spiritualité selon moi. C’est accepter que nous ne sommes pas seuls dans l’univers, que tout ne dépend pas de nous, et c’est différent pour chacun d’entre nous. C’est quelque chose qui ne peut pas nous être appris, que l’on interprète et que l’on expérimente soi-même.


Comment je pratique ? Pour moi, la dévotion dont on parle ici c’est tout simplement admettre qu’il y a une énergie de l’Univers qui dépasse mon énergie à moi, qui nous rassemble et nous influence tous. Je vis au rythme des énergies de la Lune, du Soleil, et de l’Univers tout entier. Je crois en la connexion profonde de l’Homme avec la Nature.



Voilà, je vous ai livré mon interprétation des Yama et des Niyama. Je rappelle que tout ceci est très personnel et ne représente que ma vision des choses. Je serais très curieuse de connaître vos interprétations, si cela vous intéresse de me laisser un petit commentaire !


Belle fin d’année, et à très vite sur le tapis !


Namaste